02 septembre, 2005

L'habit ne fait pas le moine

Avec son improbable casquette, Herman Alexander ressemble un peu au capitaine d'un navire à roues dont les aubes gigantesques ne cesseraient de brasser le Mississippi comme s'il s'agissait d'en mélanger les couleurs ou d'en prélever le riche limon. Ou peut-être n'est-ce qu'un képi d'employé des chemins de fer qu'il ne lui est pas venu à l'esprit d'ôter pour la photo. Loin d'être forcées, ces similitudes ne manqueront pas d'être poussées plus loin aussitôt pris conscience que cet incroyable bluesman, dont la morphologie est à peu près aussi sèche que le jeu, n'a pas davantage enregistré qu'un authentique enseigne de vaisseau ou qu'un bagagiste professionnel.

Example

Onze titres efflanqués - le plus long ne dépasse pas quatre minutes - font un total de vingt-sept minutes en tout et pour tout, d'un blues rustique dont la puissance musicale catapulte Herman Alexander dans la communauté, plus fermée qu'on ne le croît, des très grands musiciens de blues. Pour l'éternité ! N'en déplaise à Wim Wenders, ces musiciens-là n'ont jamais eu besoin de sauter en l'air ni de déclencher des ouragans de décibels pour laisser empreintes et souvenirs inoubliables. Un costume étriqué, une guitare acoustique, une vie dans le meilleur des cas, faisaient amplement l'affaire.

Example
Sortie de cinéma sur Beale Street, 1939

Né à Tunica, Mississippi, le 1er janvier 1925, Herman Alexander apprend à jouer de la guitare en écoutant des disques tandis que son père lui enseigne l'harmonica. Quelques années plus tard, il rencontre le pianiste Alabama Red auprès duquel il parachèvera sa formation en élargissant considérablement son répertoire. Musicien des rues, sa notoriété n'aurait probablement jamais dépassé Beale Street et Handy Park (Memphis), si les responsables du label autrichien Wolf Records n'avaient eu la bonne idée de l'enregistrer. On peut regretter à ce sujet qu'il ait été nécessaire d'adjoindre à ces onze pistes huit titres inédits de CeDell Davis. Malgré tout l'amour que nous vouons à celui-ci, un disque intégralement consacré à l'œuvre d'Herman Alexander aurait sans doute été préférable.

La matière première est ici

La démonstration, là
Blind Test du jour
Blind Test du 30 août : Ahmad's Blues (1958) - Ahmad's Blues, Ahmad Jamal, Chess, 1994

5 commentaires:

Anonyme a dit…

R.L Burnside ?

Non parce que avoir faut tort tout le temps nuit à l'égo du mélomane (ok je suis une burne en Blues).

Monsieur J

Fernet-Branca a dit…

Cher Monsieur J.,

Non vous n'êtes pas une “burne” en matière de blues. Il s'agit bien de Robert L. Burnside. Vendredi, en postant ce Blind Test, j'étais loins d'imaginer qu'on allait annoncer sa disparition ce week-end. Quoi qu'il en soit, j'espère que ce titre - .44 Pistol • Too bad Jim • Fat Possum, 1994 - vous a plu.
A très bientôt

PS : Vous devriez vous inscrire comme “Monsieur J.”. C'est plus sympathique que “Anonymus” et c'est un super pseudo.

Anonyme a dit…

Huürmfeuh !!

L'anonyme ( fatigué ) de Chateau Rouge

Anonyme a dit…

Je pense cher Fernet que votre Blog est amené à fondre tête en première vers le succès. Ce n'est qu'un murmure aujourd'hui, mais de Château Rouge, j'entends déjà les hululement de la foule et le brame du cerf.
Foi d'Athée intégriste convaincu, vous finirez dans Télérama !
D'autre part je n'ai toujours pas écouté attentivement votre nouveau Blind test mais au pif je dirais:
R.L Burnside!
He on me l'a fait pas à moi.
Quant à votre article, rien à redire, tout à écouter.

So long fernet

L'Anonyme de Château Rouge.

Fernet-Branca a dit…

Cher Anonyme de Château Rouge,

C'est probablement parce que vous êtes très fatigué que vous voici arrivé après la bataille. Mais une fois n'est pas coutume, j'en suis sûr.
La réponse au Blind Test a été trouvé par Monsieur J. quelques lignes plus haut. Et confirmé, itou. Faut-il en déduire, que vous ne lisez pas les commentaires des autres passagers de la Cadillac… Ce serait très vilain…
Quant à finir dans Télérama, ça ressemble trop à une vacherie pour que je m'en réjouisse.
See you soon